Est-ce bien raisonnable de tourner avec une fillette de 3 ans 1/2 ?

Publié le par Chippily

La jeune actrice qui joue Emilie.

La jeune actrice qui joue Emilie.

J'aime bien la Bretagne l'hiver. Ses plages calmes. Sa mer démontée. Et ses festivals de cinéma !

Souvenez-vous, l'an dernier, j'y avais découvert une réalisatrice qui adorait qu'on lui dise que son film était ennuyeux, une autre qui avait triché à la Fémis et un ancien mécanicien auto qui avait profité des vieux pour se faire un nom dans le cinéma.

Mais j'étais alors jeune, libre et non accablée par le travail *coup de coude à mon patron* comme en 2016, année où je n'ai pu aller...qu'à une seule séance. C'était samedi et il y avait un monde fou dans le petit hall du cinéma La Garenne de Vannes.

"Je pensais en avoir pour 10 000 €. J'en ai eu pour 4 fois plus."

"Vous venez pour les courts-métrages ?" m'a-t-on demandé. Et oui, ma p'tite dame. Dans la même salle que moi, le réalisateur polonais Piotr Wieckowski, qui présentait son film de 15 minutes "Dopado".

L'histoire ? Pitcho, mon pitch Un soir, Aleks tente vainement d'endormir sa fille Emilie, en attendant que sa compagne rentre. Soudain, le téléphone sonne... (mon Dieu, mais quel suspense !!)

"Ce film, j'ai mis 20 ans à le monter", lâche le réalisateur à l'issue de la séance, un micro dans la main. C'est que cette histoire personnelle, qui parle de la transmission des mêmes "tares" de génération en génération (coucou les Rougon-Macquart), il y tient.

Alors, tant pis si son producteur le lâche juste avant le tournage, pour s'occuper de longs-métrages. Il fera ce film, et sur ses propres deniers. "Sauf que je n'avais pas pensé que ça coûterait autant d'argent, confesse-t-il. Je pensais en avoir pour 10 000 €. J'en ai eu pour 4 fois plus."

Le début des soucis

Et Piotr n'hésite pas à se compliquer la vie. La fillette du film, Emilie, doit avoir 3 ans. Et c'est tout. Il auditionne une vingtaine de bambins. Pousse le casting aux enfants de six ans. Et puis, elle arrive. Longs cheveux blonds, petite bouille fragile. "Elle faisait tout ce que je lui demandais, s'enthousiasme le réalisateur. C'était elle !"

C'est le début des soucis. Le film se passe la nuit. Or, la fillette ne peut tourner après une certaine heure, "ça la fatiguait". Pendant cinq jours, l'équipe va alors alterner tournages diurne et nocturne. La petite Emilie a aussi parfois un peu de mal. Un metteur en scène se glisse alors sous le cadre pour lui indiquer quoi faire. Et les techniciens trouvent une astuce pour l'aider à porter la lourde boule de verre cachée sous ses peluches.

Quant au plan-séquence final ? Alors que la caméra s'éloigne de l'héroïne, celle-ci se blesse et éclate en sanglots. Toute l'équipe accourt...et se reflète dans la fenêtre, sur laquelle est braquée la caméra de Piotr. "On a dû effacer leurs silhouettes en post-production. C'était pas facile."

Mais l'équipe a évité le pire : le lendemain du clap final, l'Emilie du film développe la varicelle "avec d'énormes boutons rouges !" Le réalisateur balaye tous ses tracas du revers de la main.  Son héroïne, il l'a bel et bien trouvé. "Elle happe la caméra." Et tant pis pour tout le reste.

Publié dans CourtS-MétrageS

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