Comment passer de mécanicien auto à réalisateur en 3 étapes

Publié le par Chippily

Comment passer de mécanicien auto à réalisateur en 3 étapes

Deux festivals consacrés au cinéma des pays nordiques se sont déroulés en Bretagne début 2015 : Travelling Oslo, à Rennes, qui a mis à l'honneur la Norvège et les Rencontres du cinéma européen de Vannes, axées sur le cinéma scandinave. Coup de chance, j'ai pu grignoter quelques séances à droite, à gauche dans chacun des deux. Compte-rendu.

Dans le hall du Théâtre national de Bretagne, c'est un mélange de langues. Kurde, arabe, turc, farsi, norvégien, anglais... Le réalisateur norvégien Hisham Zaman en parle pas moins de six et la conversation animée qu'il est en train de tenir devant la salle de projection en contient en moins trois que je ne comprends pas.

Je rejoins les personnes entourant le réalisateur, tente vainement de comprendre un traitre mot, hoche la tête avec un air sérieux. Le groupe se disperse, je glisse vers le réalisateur. "C'est vrai que vous étiez mécanicien automobile avant ?", je demande, en farsi (non, je plaisante, en anglais). Il rigole. "Oui, mais ça ne me plaisait pas trop."

Passer du cambouis au festival Travelling de Rennes, où il a présenté deux films ("Before snowfall" et "Letter to the king"), en voilà une drôle de trajectoire. Mais comment diable a-t-il fait ? Tentative d'explication de sa méthode en trois points.

1) Se souvenir de ses racines

Flash-back. Années 1990. La guerre du Golfe est en train de ravager l'Irak. La famille Zaman, d'origine kurde, prend ses cliques et ses claques et s'enfuit, direction la Norvège. Quand Hisham Zaman arrive à Oslo, il a 17 ans... et ne parle pas un traitre mot de norvégien.

Des débuts difficiles qu'il retranscrit dans ses oeuvres. Dans "Letter to the king", il brosse le portrait de réfugiés paumés, errant le temps d'une journée dans la capitale norvégienne. "Je connaissais ces gens dans la vraie vie, note le réalisateur lors de la leçon de cinéma qu'il a donnée à Rennes. Dans les autres films, ils jouent les figurants. Ici, ce sont les premiers rôles, tenus par des comédiens amateurs qui ne jouent pas, qui sont ce qu'ils sont."

Et Hisham Zaman a objectif bien précis : "Montrer qu'aucune personne ne se réveille le matin en se disant : je suis un réfugié, je vais me comporter comme un réfugié."

2) Profiter des vieux (???!)

Dans son garage, le jeune Hisham Zaman rêve de cinéma. Alors, un jour, il s'inscrit, dans un club de cinéastes, "des retraités, qui ont les moyens d'acheter de bonnes caméras, une table de mixage", rapporte le quotidien Ouest-FranceAvec sa paye, il emprunte le matériel et se met à tourner.

Bingo : en 2001, il se fait remarquer par un réalisateur, qui lui dit de tenter sa chance à l'école de cinéma d'Oslo.

3) Être doué (et bah oui !)

Hisham Zaman devient le premier élève kurde de l'école de cinéma d'Oslo. Il se fait remarquer dès 2005 avec son court-métrage "Bawke", sur un père délaissant son fils pour vivre une vie meilleure dans un pays étranger. Le film fait un malheur, remportant "plus d'une quarantaine de prix nationaux et internationaux", souligne avec fierté le Norwegian Film institute.

C'est le début d'une carrière marquée par une moisson de prix inconnus des Français mais aux noms rigolos : le Dragon award au festival de Göteborg (Suède) pour "Before snowfall" ou le Fipresci award pour "Letter to the king" au festival européen de Lecce (Italie). Un premier pas avant de remporter des prix aux noms de personnes ? (César, Oscar...)

Photo Ouest-France

 

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