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Gone Girl, autopsie d'un film d'horreur

Publié le par Chippily

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Ah, comme ça, vous pensiez que "Gone Girl" était un thriller ? Pas du tout, il s'agit d'un véritable film d'horreur, qui reprend tous les codes du genre. Vous en doutez ? Enfilez vos gants en plastique, on va en salle d'autopsie disséquer tout ça.

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Euh, Monsieur, vous pouvez vous pousser s'il vous plaît ? Non ? Bon, d'accord.

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Les monstres au visage humain. Fin 2012. Je suis quelque part en Normandie, dans une salle de cinéma où les sièges n'ont pas d'appuie-tête (aïe), et je découvre (enfin), éberluée, "La nuit des morts-vivants" de George A. Romero. Une voiture qui glisse sur une route, un cimetière perdu dans la campagne, un homme qui titube... Est-il ivre ? juste dérangé ? Il continue de déambuler là, inquiétante étrangeté...avant de s'attaquer au frère de l'héroïne, et de révéler ainsi sa véritable nature : c'est un mort-vivant.

Vraisemblablement fauché, Romero n'a pas mis le paquet niveau maquillage, ni effets spéciaux. Ces zombies nous ressemblent. Mais si l'homme était plus effrayant qu'une quelconque créature ? C'est ce postulat qui a modifié le scénario de "The Thing" de Carpenter (grand film sur la paranoïa où le mal prendra finalement forme humaine), ce postulat qui aide à comprendre la terreur suscitée par Michael Myers ("Halloween") ou Jack Nicholson dans "Shining". Rien n'est plus effrayant qu'un homme qui devient fou, qui devient un monstre, car l'homme, ça peut être moi, ça peut être vous.

Et dans "Gone Girl", c'est cette monstruosité humaine qui est dévoilée petit à petit, introduisant un personnage diabolique qui fout les jetons. C'était la nuit des masques, et ils sont en train de tomber.

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La peur (et le doute) au ventre. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans "Rosemary's baby" : sa fin, grandiloquente, ridicule. Mais il y a quelque chose qui fonctionne dans "Rosemary's baby" : ce doute incessant tout au long du film. L'héroïne est-elle enceinte d'un bébé normal (moche, qui braille tout le temps) ou du bébé du diable (moche, qui braille tout le temps, mais qui a des griffes longues comme ça) ?

Plus question de banale question de griffes ou non dans "Gone Girl", mais de culpabilité : Ben Affleck a-t-il tué sa femme, portée disparue ? Le doute est un fabuleux moyen d'impliquer le spectateur dans un film d'horreur (chacun durant la première partie de "Gone Girl" a son avis sur ce qu'a fait - ou non - Ben Affleck), mais aussi de lui faire accepter un film qui tourne progressivement au fantastique. En effet, le spectateur ne croira jamais d'office qu'il y a un fantôme dans la maison des personnages, d'où l'hésitation de ces derniers au sujet de la présence d'un éventuel phénomène surnaturel ("Les Autres"...). Et là, pour faire accepter son script un poil rocambolesque aux spectateurs, David Fincher en a grave besoin, de doute...

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Du sang et des larmes (de peur). Chaque film d'horreur a sa séquence choc, gore à souhait, avec au menu mains coupées, bain de sang ou ongles arrachés. Et bah "Gone Girl" c'est tout pareil. Attendez-vous à vous en souvenir (très) longtemps.

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Le mal ne meurt jamais. Les grands films d'horreur ont toujours une folle envie de surprendre le spectateur, que ce soit par ces foutus "jump scare" ou par un rythme complètement faussé. Vous pensiez que Marion Crane serait l'héroïne hitchcockienne de "Psychose" ? Haha. Vous pensiez que vous verrez tout de suite le fameux "Exorcisme" du titre du film de Friedkin ? J'espère que vous êtes patient. Vous pensiez que le dernier film de David Fincher se résumait à sa bande-annonce ?

Chut, je ne dirai rien, mais vous aurez droit à plusieurs rebondissements parfois improbables...mais qui font aussi tout le sel des films d'horreur. Ainsi, les méchants ne ressuscitent-ils pas un peu souvent au goût de la logique et de la science ? C'est bien connu, le mal ne meurt jamais, et le héros ou l'héroïne sera toujours obligé de surveiller ses arrières pour ne pas finir en pâtée pour chat.

Publié dans CiNéMa

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Alors, qu'est-ce que ça vaut Gad Elmaleh au cinéma ?

Publié le par Chippily

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A quelques jours de la sortie en DVD du nouveau spectacle de Gad Elmaleh, "Sans Tambour...", plusieurs cinémas français, suisses et belges diffusaient en direct un show de l'humoriste. Avant de faire découvrir aux spectateurs, en avant-première, le contenu du DVD. Récit de la soirée depuis le cinéma Le Trèfle de Molsheim (comme quoi je suis pas rancunière, hein).

"15 euros ?!? 15 euros pour voir le spectacle de Gad Elmaleh au cinéma ?!? Mais il sort pas dans quelques jours en DVD ??" Elle a raison, Maty. Et sur le coup, je me sens un peu conne. "Mais...euh... Il y a une partie en direct avant le spectacle ! Même que c'est écrit sur Internet que ce sera interactif, avec des tweets ou j'sais pas quoi." Quelques secondes de silence. Puis mon portable re-bipe. "Ah ouais, ça peut être cool alors. Tu me raconteras !"

Ce dimanche 16 novembre, c'est soirée spéciale Gad Elmaleh dans plusieurs cinémas de France, de Suisse et de Belgique. Au cinéma du Trèfle, à Molsheim (Alsace), à trente minutes du début du show, ils sont déjà (très) nombreux à patienter devant deux salles. Et, du coup, je me sens déjà moins bête d'avoir dépensé 15 euros pour un one-man-show de...combien de temps déjà ? On hausse les épaules. "J'sais pas, c'était pas écrit sur le billet."

Les portes s'ouvrent, les spectateurs entrent d'un pas de mammouth. Et tandis que le public s'installe dans un brouhaha général, la salle tremble sous la puissance du son du "Labyrinthe", projeté juste à côté. Familles, amis, couples balayent du regard la salle. "Regardez, je crois qu'il y a quatre places là-bas !"

C'est Dora l'Exploratrice, c'est ça ?

18h15. Ca fait 20 minutes que les lumières auraient dû s'éteindre quand enfin le direct commence, depuis le cinéma "Le Français" de Bordeaux. Gad Elmaleh arrive, tout sourire, gesticule, en fait des tonnes. La salle bordelaise, acquise à sa cause, est morte de rire. Un présentateur pose des questions à l'humoriste, qui répond à côté, ou en faisant des cabrioles. Une femme (car le public bordelais est surtout féminin) s'étrangle de rire. "Vous voulez une chanson ? Il faut demander ça à la France !", rugissent l'animateur et l'humoriste en regardant la caméra. C'est Dora l'Exploratrice, c'est ça ? Il faut répondre un grand "oui" à son écran pour que l'aventure continue ? Une guitare surgit, "et ça, c'était pas prévu", ment joyeusement Gad Elmaleh, qui présente pendant de longues minutes les membres de son orchestre d'un soir.

De mon côté, je zieute la montre. Bon, c'est quand le machin interactif, là ? Gad Elmaleh entonne "Petit oiseau". La salle est aux anges. Et moi j'ai l'impression que ça tourne en rond. Finalement, de l'interactif, il n'y aura pas. Après quarante minutes de pseudo-interview et de pseudo-concert, le spectacle se met en route. Ouf.

Gad Elmaleh n'a pas changé

Et là, re-ouf, après seulement quelques secondes, une certitude : Gad Elmaleh n'a pas changé. Toujours le regard aussi vif, toujours la répartie qu'il faut. Il aligne les vannes, improvise, ose parler religion, tente (avec un certain succès) les vannes sur la mort, évoque brièvement son passage aux States (attention, risque de gages redondants si vous avez vu le micro-documentaire 10 minutes in America où Gad Elmaleh s'envolait aux USA pour se frotter au stand-up). Les sièges du cinéma tremblent, et ce n'est pas parce que des petits garnements y donnent des coups de pied. C'est parce que la salle est hilare.

Et puis, soudain, Gad Elmaleh salue. Quoi, hein ? C'est une blague ? Ou le temps de la pause, de la mi-temps, de l'entracte, c'est ça ? Et bah non, c'est bien fini. On se regarde dans la salle. Puis on regarde (à nouveau) nos montres. 1h15. Le spectacle n'aura duré qu'1h15 (contre 2h par exemple pour "L'autre c'est moi"). Et l'émotion, et les chansons, les danses ? Nada. On sort de la salle content de s'être enfin bien fendu la poire au cinéma, mais encore avec la dalle. Et si on se re-matait "L'autre c'est moi" pour compenser ?

Publié dans buZZ

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C'était le soir d'Halloween...

Publié le par Chippily

C'était le soir d'Halloween et on avait envie de se faire peur. Vraiment peur.

Alors, dans la nuit sombre éclairée par les gueules béantes des citrouilles, on a décidé d'aller le voir. Bien sûr, nos amis nous avaient dit que c'était de la folie, qu'on ne savait pas où on mettait les pieds. "C'est vous qui marchez sur la tête !", s'était exclamée une de nos connaissances quand on avait cité SON nom.

Mais on avait envie de se faire peur. Vraiment.

Alors on y est allé. Devant le bâtiment, on a eu comme un frisson. Mais on a continué. Devant la salle, on a eu comme envie de faire marche arrière. Mais on a continué. Et on est entrés dans la pièce plongée dans l'obscurité.

Plus possible de faire demi-tour maintenant. On s'est assis. Et on a attendu que ça se produise.

Un visage fantomatique a soudain surgi de la nuit.

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On était bien devant "On a marché sur Bangkok".

Ce film maudit, enterré par la presse, dont le box-office est tellement déprimant que même Allociné n'ose pas le mettre en ligne. Mais je n'étais pas là pour condamner. On avait envie de se faire peur. Mais aussi de comprendre.

J'ai déployé fébrilement mes machines. On a réglé notre détecteur d'humour absurde, notre enregistreur (notre appareil pour détecter la présence d'un scénario étant en panne) et on a attendu, tremblants. L'apparition a pris de l'ampleur, provoquant des événements surnaturels comme des impressions de déjà vu (Alice Taglioni en baroudeuse à poigne, des gags sur une mauvaise prononciation d'une langue) et même des hallucinations : c'est ainsi qu'on a cru à un moment voir apparaître Gérard Jugnot !

A côté de nous, les machines ronronnaient docilement.

Les visions se sont enchaînées : des paysages exotiques, une mission à accomplir : récupérer l'enregistrement manquant de ces deux minutes où l'homme était sur la lune, un enfant mutin...

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Au bout d'1h30, la vision s'est achevée. On était déçus : ce n'était pas aussi terrifiant que prévu. Oui, ce n'était pas une vision originale, mais elle s'était faite regarder assez tranquillement. Mais on était tout de même excités : il y avait les données des machines à décrypter.

Le détecteur d'humour absurde avait failli rendre l'âme à la dernière scène. Mais on ne savait pas si c'était parce que l'humour absurde y était génial ou si la machine avait simplement voulu mettre fin à ses jours devant cette révélation assez ratée. Pour le reste du film, le signal du détecteur était resté presque quasiment plat contrairement à l'expérience que nous avions menés sur d'autres longs-métrages de Kad et O, comme "Un ticket pour l'espace". Quant à notre enregistreur, très sensible, il n'avait mis en boite que quelques rires, souvent lors des passages relayés par la bande-annonce.

"Expérience pas désagréable, mais manque cruel d'originalité, de punch, d'absurde, de tout", je notais sur mon calepin, tandis que l'on me hélait. "Hey, Chippily, tu veux qu'on aille voir quelque chose qui fait VRAIMENT peur ? Regarde !"

Et là, j'ai compris que, finalement, ça n'était pas grave si notre appareil détectant la présence ou non de scénario était en panne.

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Publié dans N'ImpS !!!

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Ohé, ohé, cinéma abandonné...

Publié le par Chippily

A gauche, derrière les arbres décharnés, il y a la Saône, grisâtre, qui coule. A droite, un type livide qui fume une clope devant un grand restaurant chinois et qui regarde les voitures passer sans s'arrêter. Sur le bord de la route, une affiche du Journal de Saône-et-Loire gueule en lettres grasses : "Une octogénaire écrasée par un taxi". Soudain, un rat traverse la route, et va se planquer dans des herbes sauvages.

Si j'avais voulu inventer un endroit plus glauque que cette route sortant de Chalon-sur-Saône, sûr que je n'aurais pas réussi.

Après quelques pas, à droite, enfin, se vautre le bâtiment recherché. A travers les grilles, j'aperçois le squelette sombre. De la mauvaise herbe a envahi le parking. Des hiéroglyphes sont peints sur certains murs. De gros cables noirs s'enroulent sur le macadam.

Une femme blonde, lunettes sur le nez et baguette sous le bras arrive. Je l'interpelle. "Excusez-moi, vous savez ce qui s'est passé ici ?" Elle mordille ses lunettes. "Ah, ça, c'est l'ancien maire, il avait promis un grand cinéma. Ils ont commencé les constructions... Mais, depuis qu'on a changé de municipalité, ça s'est arrêté et c'est resté comme ça. Ils racontent que c'est un problème d'argent, de normes, je ne sais pas trop..." "Mais, les travaux vont être relancés ?" Elle hausse les épaules. "Ca, j'en sais rien !" Et elle part, me laissant là seule avec le cinéma abandonné.

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Août 2014.


Publié dans HoRs-cHaMp

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