Rubber
Attrape-moi si tu pneu !
(mouhaha, jeu de mots pourri poweeeeer)
Pitcho, mon pitch : Après Jack l'Eventreur, Jigsaw, Hannibal Lecter, le cinéma compte un psychopathe de plus : Robert ! Euh...oui, dit comme ça...ça fout pas trop les chocottes. Mais, attendez le meilleur : Robert est un pneu ! Ca devient subitement intéressant, non ?
Novembre 2010. Je lis tranquillement le journal, quand je pousse un cri de joie. Chouette, le film dont tout le monde parlait à Cannes, "Rubber", sort sur les écrans ! Enfin, sur QUELQUES écrans vu qu'une seule salle le passe dans ma ville. Hop, pas envie de louper ça ! Quelques minutes plus tard, me voilà dans la salle...accompagnée par 4 personnes. C'est pas la joie. Le film commence. 30 minutes plus tard, une personne, visiblement excédée, quitte la salle en trombe. Au générique de fin, ce sont des mines perplexes qui se révèlent avec le retour des lumières. "C'est vraiment un film bizarre", glisse une spectatrice à la caissière. Perso, je suis déçue. Pourtant, ça avait si bien commencé...
"Le travail fourni en amont sur le storyboard" (Cahiers du Cinéma n°661, novembre 2010, p.21)
Avec ce film, Mr Oizo, alias Quentin Dupieux, a osé un pari gonflé : faire d'un simple pneu un tueur en série impitoyable (du genre à vous exploser la tête en deux secondes). Petit rappel pour les non-initiés : vous savez, un pneu, c'est ce truc rond qui n'a ni membre, ni visage. Essayez alors de lui faire vivre des émotions ! Et pourtant, Dupieux y arrive parfaitement (ah, les gros plans...c'est magique), filmant le tout dans des superbes paysages désertiques baignés par la lumière du crépuscule (ça a du être sacrément casse-gueule à tourner par contre). Au passage, il en profite aussi pour égratiner le spectateur (cf les commentaires des spectateurs dans le film, siii véridiques) qui n'est jamais dans une position confortable et qu'on arrête pas de frustrer. Et c'est là que le bât commence à blesser : je ne sais pas ce que les spectateurs lui ont fait, mais on dirait que c'est pas la folle histoire d'amour tant Dupieux semble prendre sur eux (et donc sur nous) une mesquine petite vengeance au lieu de s'en faire des alliés.
Mais ce n'est pas sa haine qui m'a le plus gênée, ni le fait que son histoire tourne en rond (une histoire de pneu qui tourne en rond, vous me direz, c'est logique) : c'est sur le thème du "no reason" que je suis profondément déçue. Le film s'annonçait complètement absurde avec le discours prônant le "no reason" dans les films d'un Stephen Spinella GE-NIAL (mais pourquoi ne voit-on pas plus cet acteur ???). Le tout se poursuivait lors d'une séquence magnifique où Stephen Spinella (encore lui) essayait de prouver à ses collègues qu'ils n'étaient pas dans la réalité. Et c'est tout. Au lieu de monter crescendo dans le grand n'importe quoi absurde, de dynamiter son film grâce à ce grain de folie, Quentin Dupieux en reste sagement là.
Ma note sera alors un peu sévère, mais rien n'y fait : le film pouvait prétendre à mieux, on en attendait un p(n)eu plus (et un jeu de mots pourri de plus ! un !)