Une journée cinéphile à Lyon partie 2 : et les Lumière furent

Publié le par Chippily

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Previously, on The Chippily Show : en balade à Lyon, j'avais poussé la porte du musée Miniatures et cinéma, où j'étais tombée sur des têtes décapitées, le masque mortuaire (ou presque) de Tom Cruise et la Reine Alien (rien qu'ça). Direction maintenant l'Institut Lumière, où l'on parle mômans, bébés bourrés, et surtout, cinéma.

Une fois le musée Miniatures et Cinéma écumé dans tous les sens, je bondis dehors et saute dans un métro... Enfin, presque parce que, euh, il est où exactement le métro ? "Ah non, ici, c'est pas comme à Paris, où il y a des bouches de métro, se marrent une maman et sa fille. A Lyon, c'est comme si on entrait dans un bâtiment !" Ouf, par contre, les gens bizarres et les témoins de Jéhovah sont toujours là, eux, sur la ligne D.

Je passe par des stations aux noms étranges ("Guillotère", "Sans souçi"...) avant d'atterrir enfin à "Monplaisir - Lumière". "Bah oui, on disait que les Messieurs laissaient leurs problèmes à "Sans souçi" avant de s'encanailler à "Monplaisir"", glisse malicieusement le guide du musée de l'Institut Lumière. Ah bah sympa le quartier des frères Lulu ! Mais, qu'on se rassure tout de suite : ils ne vivaient pas dans un taudis ou un immeuble malfamé façon Pigalle. Très loin de là.

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"Vous vous trouvez dans la maison d'Antoine, le papa", explique le guide d'un débit de mitraillette. Et chez Antoine, tu trouves le quatrième téléphone de la région, de l'art nouveau, un lustre de Murano et des pièces spéciales pour les plantes. Et surtout, une vue imprenable sur les usines immortalisées dans les premiers films de Louis et Auguste, les fistons.

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(maquette de la maison et des usines - aujourd'hui disparues)

"Chérie, tu pourrais jeter un coup d'oeil par la fenêtre et me dire si les ouvriers bossent bien s'il te plaît ?"

C'est une bonne situation ça, ouvrier des Lumière ? Il n'y a a pas de bonne ou de mauvaise situation... bien que là, c'est vrai qu'elle est plutôt bonne, cette situation ! Les patrons sont paternalistes au possible. Ils sont même parmi les premiers à offrir des congés de maternité, soit "une semaine de payée après la mise à bas" (oui oui, c'était bien le vocabulaire employé à l'époque).

Mais le papa, Antoine, n'a pas de bol : au lieu d'avoir des fils bien sages qui se contentent d'embêter les filles et de jouer aux billes dans la cour, il a de véritables petits inventeurs, qui sont soudés comme jamais. "Enfants, ils ont cru mourir un jour dans une grotte. Ils se sont alors jurés de toujours rester ensemble", raconte Thierry Frémeaux dans "Le Temps des Lumière".

Alors, soit, "Louis inventera et Auguste fera vivre ses inventions", lâche le guide en nous menant dans les différentes pièces de la maison, où il faut aussi chaud que dans un four, et qui sont bardées d'inventions, d'affiches et de photos.

Louis et Auguste déposent plus de 170 brevets - "oui, Edison en a 2500. Mais en vrai, seulement 150, il a tout piqué à ses collaborateurs. C'est un Américain", tacle le guide - et créent des choses étonnantes.

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Comme ces mains-pinces articulées, pour les soldats amputés de la Grande Guerre. Et puis, quand Louis, par exemple, a besoin de lunettes spécifiques, bam ! il les invente.

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Début des années 80 (1880, hein), c'est le jackpot : les frères lancent sur le marché leur dernière trouvaille, des plaques photographiques instantanées.

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A l'époque, la photo instantanée était un mythe. On restait assis pendant des heures avec une sorte de tenaille qui vous maintenait bien la tête pour pas être flou ; on bourrait les bébés pour qu'ils tiennent la pause...

Les plaques des frères Lumière sont alors un succès fou. La famille devient riche, et le paternel en perd même la tête. Il choppe un truc pas beau, "la maladie de la pierre", qui lui fait construire, comme ça, 22 maisons. Et une putain de chambre à coucher.

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Oui oui, il avait même pensé à un espace visiteurs,

pour que les gens puissent admirer toute sa thune.

Mais les frérots ne s'arrêtent pas en si bon chemin. Dans une des pièces de l'immense maison d'Antoine, le guide s'arrête devant le Graal des Graals : le cinématographe n°1, le tout tout premier monté par les Lumière.

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La première séance a lieu le 28 décembre 1895. [Et oui, à Lyon, pendant les hivers rigoureux des années 1890, on aimait déjà se rentrer bien au chaud devant un petit film, peinard.] Elle a lieu dans la salle d'un bar. On pousse le billard, on met 33 chaises et on attend.

Bien sûr, à 10-15 euros la projo - une fortune à l'époque - ce ne sont que les gens bien lotis qui viennent. Des gens aux noms qui évoquent quelques petits souvenirs aujourd'hui : Méliès, Gaumont ou Pathé, qui, encouragé par sa maman, se lancera dans le cinéma et prendra comme emblème une marguerite... Marguerite étant le prénom de sa mère (c'est trop choupi).

A la fin de la première séance, le patron est déçu. Il pensait faire plus d'entrées et croit que les futures séances des Lumière ne marcheront pas. Il aura tort. "Les gens se battront pour venir", affirme le guide. 

"C'est vrai que les premières personnes qui ont vu "L'entrée en gare de la Ciotat" se sont enfuies ?", demande une voix. Le guide opine du chef. "C'est marrant, hein ? J'espère que dans 100 ans, un guide dira aux gens qu'ici, il y a un siècle, les premières personnes à avoir vu un film en relief ont voulu attraper l'image et les petits bonbons Haribo."

Je sors de la torpeur de la maison-musée. Ouf, il fait plus frais dehors. J'atteris dans une rue au nom assez classe.

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Puis je longe un mur tout aussi classe, avec le nom des réalisateurs venus rendre hommage aux pères du cinéma.

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A quelques mètres de là, des usines des frérots, il ne reste plus que lui : le hangar du premier film, celui duquel sortent les ouvriers des Lumière. Une séquence pas du tout improvisée : les travailleurs sont en tenue du dimanche, et surtout, regardez bien, ils se grouillent UN MAX, parce que Loulou et Au-au leur ont dit que le cinéma, pour l'instant, ce n'était que des plans-séquences de moins d'une minute.

Une séquence d'anthologie notamment reprise en 1995 par de grands cinéastes, tels Jean Rouch, Bertrand Tavernier ou Jerry Schatzberg.

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Pas de bol pour moi, le hangar du premier film, devenu cinéma, ne projette rien aujourd'hui.

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(Si vous prenez les lunettes loupe de Louis, vous verrez qu'il reste l'ossature en bois originelle du bâtiment)

Mais par contre, il accueille souvent des guest...

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Publié dans HoRs-cHaMp

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