[Résolu] J'ai foiré mon premier "date" en allant voir "It follows". Comment je fais maintenant ?

Publié le par Chippily

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La chanson :

I, I follow

I follow you deep sea baby

I follow you...

En ces jours de pré-Saint Valentin, où coeurs rouge passion, petits anges souriants, roses délicates et déclarations d'amour telles celle-ci

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(Toi aussi, tu es ma plus belle histoire d'amour, chocolat)

ont envahi les rues, j'ai une pensée pour tous les wannabe couples.

Ceux qui se pressent dans les salles obscures, le palpitant battant la chamade, espérant décrocher un baiser furtif entre la publicité pour les volets roulants de la boite d'à côté et celle pour les tronçonneuses "et matériel agricole" d'une entreprise d'une zone industrielle paumée.

Je les imagine bien, le samedi soir, se retrouvant devant le panneau d'affichage pour décider quel film inaugurera leur idylle. Lui montre du doigt un film étrange, "It follows". Il ne sait pas vraiment de quoi ça parle, mais on lui a dit que c'était grave cool. Elle, elle s'en fout, elle veut juste passer un moment avec lui, alors elle dit oui. Ou vice-versa.

Au début, ça se passe bien : une fille court, comme ça, sans raison, puis s'enfuit carrément de chez elle pour se réfugier sur une plage abandonnée. Ca a l'air de faire peur. Ils sont contents. Ils se disent que, lors d'un sursaut, lors d'un geste incontrôlé de frayeur, ils se frôleront. Peut-être.

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Puis, on découvre l'héroïne, son flirt avec un garçon. Première scène de sexe. Le feu leur monte aux joues, elle et lui font tout pour ne pas se regarder.

Et soudain, ça dérape : le garçon attache la fille sur un fauteil, lui explique qu'il est porteur d'une malédiction assez grave. Depuis qu'il a couché avec cette nana rencontrée dans un bar, des gens le suivent et essayent de le tuer. Pas de bol pour l'héroïne, ça se transmet par voie sexuelle.

Elle et lui blanchissent. Parce que oui, mesdames messieurs, "It follows" est un film sur une foutue MST. Et la MST n'est pas vraiment un des sujets les plus folichons à aborder à la veille d'une relation. Et surtout pas une MST qui te donne l'impression qu'il y a un homme nu sur ton toît.

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- Mais qu'est-ce que vous faîtes tout nu sur mon toît, Monsieur ?

- Oh, rien, je profite de la vue.

En sortant de la séance, elle et lui ne savent pas trop quoi dire. Ils se regardent, bafouillent, font semblant de regarder des trucs au loin. Heureusement, tout n'est pas perdu pour eux. Voilà ce qu'on peut faire pour sauver les meubles.

Niveau 1 : s'enthousiasmer sur la réalisation

Pas besoin d'être un grand spécialiste du 7ème art pour remarquer le soin apporté aux images et à l'ambiance.

Le film de David Robert Mitchell recèle d'ailleurs de plans de folie. Comme par exemple celui-ci :

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(Bien sûr, l'inscription n'est pas dans le film, hein)

Mon préféré ? Celui qui tourne, allant de l'héroïne consultant l'annuaire des anciens élèves à cette fille au pull blanc qui avance lentement vers le bâtiment...

Niveau 2 : faire son expert en parlant des influences

J'entends Tourneur à gauche... Lynch ? Lynch aussi, d'accord... Charles Burns et son "Black hole", me dit-on au fond de la salle ?

Il faut dire que, si chacun y va de son petit pronostic sur qui est vraiment le père spirituel d'"It follows", c'est que le genre du cache-cache avec un être inhumain ne voulant que tuer ne date pas de 2014 (et la chasse à l'épuisement non plus). Et là aussi, on peut se faire une petite liste : "Terminator", "Mondwest", une tripotée de films d'horreur...

Mais s'il ne fallait garder qu'une référence, qu'une seule, voici celle qui m'est venue dès le premier plan :

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"Halloween", de John Carpenter

Même banlieue morose qui s'étire en routes infinies, même être surnaturel apparaissant toujours en arrière-plan... et même envie de musique bien bourrine euh présente pour souligner la présence du Mal. Et dans "Halloween" aussi, vaut mieux ne pas coucher pour rester en vie.

Niveau 3 : discuter représentation des genres dans le cinéma d'horreur

Il y a quelques jours, la blogueuse et illustratrice Diglee postait sur son site une BD fustigeant le sexisme d'"It follows", notamment dans sa manière de montrer des filles dénudées ou dans des tenues pas vraiment pratiques pour échapper à la Chose (cf. la première scène avec cette ado courant dans tous les sens en hauts talons).

Un reproche adressé assez régulièrement au cinéma d'horreur et qui peut très bien alimenter une conversation toute la nuit. Ou virer au pugilat. Aïe.

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Niveau 4 : philosopher

Cette Chose, qui poursuit des ados pour les tuer, ne serait-elle pas une métaphore de la Mort, qui peut nous attraper à chaque seconde ?, me fait mon amie Liza. 

Effectivement, et elle peut être la métaphore de plein d'autres choses aussi : la fin de l'innocence, avec le passage à l'âge adulte ; certains y ont vu une évocation de la peur de la perte de la virginité, du sida... Et même de la crise financière actuelle : la Chose n'a même plus un rond pour s'acheter un vélo et aller plus vite, la pauvre !

Bilan : ouf, ça y est, la glace est brisée entre lui et elle ! Peut-être qu'ils vont décider de discuter encore un peu ensemble, ou peut-être d'aller boire un verre quelque part... Mais ce qui est sûr, c'est que, par réflexe, ils regarderont souvent derrière eux pour vérifier qu'on ne les suit pas...

Publié dans CiNéMa

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