Quand Djoumi et Bordas parlent de McTiernan

Publié le par Chippily

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Samedi, fin d'après-midi à Strasbourg. Rafik Djoumi (à gauche) et Arnaud Bordas, respectivement critiques ciné de "Bits" sur Arte Creative et Le Figaro Magazine et membres du collectif "Free Joh McTiernan", prennent place dans la salle blanche de la librairie Kléber. Objectif : venir défendre le réalisateur emprisonné (voir l'article de Bordas pour se souvenir du pourquoi du comment) et parler de ses films. Dehors, les illuminations de Noël clignotent, les chants d'enfants rugissent. A l'intérieur, on discute tranquillement de McTiernan, de sa faible notoriété et des caractéristiques de son cinéma. Extraits.

Rafik Djoumi : "Un jour, j'ai entendu un blogueur dire : "J'adore les films de McTiernan mais il n'a pas de style." Je ne suis pas d'accord. John McTiernan n'a pas un style reconnaissable à la Tim Burton, ou un style référentiel à la Tarantino... Mais c'est sa technique de mise en scène qui le distingue. Il n'a jamais "violé" une oeuvre en y mettant sa propre signature. Mais il transcende les films qu'il réalise. "Predator" est un script pourri. Et "A la Poursuite d'Octobre rouge" a un script populiste à la base."

Arnaud Bordas : "En plus, McTiernan a toujours été en avance sur son temps. A part les coiffures et les habits dans "Die Hard", le film n'est pas daté. Il y a même des lens flares, une chose qui a envahi aujourd'hui tous les blockbusters. Par exemple chez J.J Abrahms, où ça devient agaçant, maniériste. Ce serait vraiment intéressant que McTiernan se mette à la 3D, pour voir ce qu'il en ferait."

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"Die Hard devait être une suite à "Commando" qui se serait appelée "Matrix" !"

R.D : "Il faut noter aussi l'importance du chef of de McTiernan. Et puis, de son prof de cinéma. C'était quelqu'un d'assez spécial, qui frappait ses élèves avec des magazines. Mais il a imposé le visionnage de "La nuit américaine" de Truffaut à ses étudiants, et d'autres films européens, qui ont influencé McTiernan. "Die Hard" a bouleversé pas mal de choses qui étaient vivement déconseillées de mettre dans des films. Par exemple, 2 travellings qui se croisent, un travelling rapide puis un plan fixe..."

A.B : "Le filmage caméra à l'épaule aussi : McTiernan l'a piqué au cinéma européen pour le mettre dans un blockbuster. Aujourd'hui, c'est omniprésent, notamment depuis Greengrass et ses Jason Bourne."

R.D : "Oui, mais McTiernan, lui, il la manie bien, la caméra à l'épaule !"

A.B : "C'est vrai que dans Green Zone, la scène où les personnages se poursuivent, avec les hélicos et tout, est illisible !"

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"Les choix de montage dans "Predator" sont faits dans le dos de McTiernan. Y'a des plans flous, pas nets : c'est le monteur qui trafiquait les images, agrandissait des bouts de certains plans car il ne les comprenait pas."

R.D : "Le truc de McTiernan, c'était de prendre de très bons techniciens pour les mettre en difficulté. Il courait après ses caméramen et leur donnait des coups, pour faire des accouds à l'image, car il savait que ses techniciens, très bons, allaient se rattraper tout de suite !"

A.B : "Il y a quelque chose du cinéaste ultime chez McTiernan. Quand il provoque l'émotion, c'est par le découpage."

R.D : "C'est le cinéaste de la géométrie. A un moment, dans "Die Hard", il y a un poster de femme nue. On croit que c'est seulement pour le gag, mais non : quand le spectateur reverra le poster, il saura immédiatement où il est, dans quelle pièce ! Ses idées de raccord sont aussi à chaque fois faites pour que le spectateur puisse se situer."

A.B : "Il a vraiment fait un tas de choses avant que ce ne soit popularisé. Par exemple, les images thermiques dans "Rollerball" ! Il voulait aussi faire une première demi-heure de film entièrement en langue étrangère et non sous-titrées pour que le spectateur se sente avec le héros américain, qui se sent complètement paumé."

R.D : "Et puis, il a donné des rôles à contre-courant du registre de certains articles : il ne faut pas oublier qu'avant "Die Hard", Bruce Willis était un acteur de comédie ! Et dans le film de McTiernan, c'est vraiment la figure de cow-boy : son célèbre "Yippie ki yay" est une citation directe à un vieux western."

A.B : "Surtout, dans les films de McTiernan, le héros est intelligent, et ça donne un film intelligent. Ce n'est pas comme dans certains films récents, où le héros est un idiot fini. Regardez Thor 2..."

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