La leçon de cinéma de… Michael Haneke – partie 1

Publié le par Chippily

Michael Haneke 2009

Quand on a la chance d'’aller voir un réalisateur, de plus un réalisateur palmé (euh… palmé, dans le sens où il a eu une palme d’or, hein ! Pas parce qu'’il a des bouts de peau entre les doigts ! qu'’allez-vous imaginer, franchement…) discuter de son oeœuvre, aucune hésitation, on fonce ! Me voilà donc à trépigner d’'impatience sur mon siège en attendant la leçon de cinéma du cinéaste autrichien. Michael Haneke, maigre et élancé, tout de noir vêtu (séquelle certainement de son envie, enfant, de devenir pasteur. Et oui, tout jeune, Haneke était déjà bizarre…) arrive enfin d’un pas tranquille sous les applaudissements. Il se prépare, échange quelques mots en allemand avec les maîtres de conférence l’'entourant, et c’'est parti pour plus de deux heures d'’entretien où Haneke va pas mal balancer (les élèves en cinéma autrichiens « ne connaissent rien d’'autre que Tarantino », le petit garçon à l’'oiseau dans « Le Ruban blanc » était un « vrai petit diable qui a terrorisé toute l’équipe », Télérama pose des questions « stupides »), essayer de battre le record du tourner de pouce (aux dernières nouvelles, possédé par une mamie de 90 ans), grogner contre les happy ends (« je suis contre, il y en a trop au cinéma, c’est devenu une sorte de norme. C’est pourquoi je n’'en fais pas ») parler de ses amours de jeunesse devant sa femme mais va se refermer comme une huître quand on lui demande ses projets (« tout ce que je peux dire, c’est que l’'un de mes prochains films sera sur Internet »). Petit résumé de ce moment exceptionnel et passionnant.

LES ACTEURS… et ISABELLE HUPPERT

Haneke est ferme : si un acteur est mauvais dans un film, cela peut être de la faute du réalisateur qui l’a mal dirigé. Il avoue lui-même ne pas donner d'’analyse théorique à ses acteurs, juste « des indications sur les silences ». Il faut absolument qu’il y ait « une tension entre l'’acteur et le personnage », c’est-à-dire que l'’acteur choisi ne le soit pas à cause d’un physique stéréotypé. Parmi ses acteurs préférés, Haneke cite Ulrich Mühe (vu dans « La vie des autres »), à qui il voulait donner un rôle dans « Le Ruban Blanc » (mais malheureusement, l'’acteur allemand est mort avant le tournage) et bien sûr Isabelle Huppert. « Je n’'ai pas de technique spéciale pour la diriger, c’est juste une compréhension mutuelle ». « C’est une grande actrice, ajoute t-il, si on lui dit de pleurer sur tel mot, elle le fait ».

LE RUBAN BLANC

Bien sûr, le dernier film du réalisateur, primé à Cannes, revient souvent dans la conversation. Un film qu’'Haneke avait depuis longtemps en tête, mais qu’'il ne pouvait réaliser par manque de moyens. En 2009, son rêve se concrétise enfin. Mais, pourquoi tourner en noir et blanc quand on dispose de technologies avancées ? « Principalement pour 2 raisons. Les gens y rentrent mieux car c’était la couleur de l’époque, explique Haneke en donnant comme exemple les photos de nos arrières-grands-parents. Et puis, je voulais un effet de distanciation ». Haneke raconte avec le sourire tous les problèmes rencontrés lors du tournage comme ces paysans allemands qui n’'étaient pas assez « burinés par le soleil, à cause des tracteurs ». Du coup, le cinéaste ne se décourage pas et, avec son équipe, va chercher 100 figurants roumains. Y’'a pas à dire, Haneke recherche la perfection : pour le rôle des gamins dans le film, il auditionne 7000 enfants pour n’en retenir qu'’une poignée. Poignée qui lui posera quand même quelques soucis, comme des mômes très turbulents et « beaucoup de pleurs » dus au fait qu'’il a fallu raser la tête de tous les garçons.

LES ANIMAUX

Dans les films d'’Haneke, la mort des animaux est toujours la première étape dans la montée de violence qui s’'ensuivra (viennent ensuite les enfants, les femmes, et enfin, les maris). Mais il est hors de question de tuer un animal juste pour les besoins d’un film : « pour la mort du cochon, dans « Benny’s video », j'’ai demandé au paysan quand il voulait le tuer. Et, le jour là, j’ai filmé ». Ainsi, pour les poissons gigotant sur le parquet dans « le 7ème continent », Haneke confie avec amusement qu'’ils avaient sur le tournage de grands bacs d'’eau où étaient entreposés les petites bêtes, et qu’'ils les sortaient les uns après les autres pour faire des plans, avant de les remettre dans leur élément naturel. Ce fut un peu moins simple pour la chute du cheval dans « Le ruban blanc » : l’'acteur, traumatisé par une morsure de cheval dans son enfance, était mort de trouille. Après quelques temps, il accepta enfin de monter sur son destrier. La chute fut réalisée à l’'aide d’effets spéciaux « très chers. On n'est pas en Amérique ! ». Afin d’'obtenir la meilleure chute possible, l'’équipe a visionné des chutes de chevaux sur Internet : « C’est extraordinaire qu’'on voie ça [sur Internet], s’'exclame Haneke. Il y a des pervers qui aiment bien ça. »

La 2ème partie très bientôt, mes loulous !



Publié dans CiNéMa

Commenter cet article