Frances Ha

Publié le par Chippily

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Pitcho, mon pitch... Frances n'a décidemment pas de bol : son prénom se prononce "Francis" en français, et en plus, elle a des problèmes avec son boulot, ses amis, et ses amours.

La première fois, c'est arrivé devant "Manhattan" de Woody Allen. Cela faisait quelques minutes seulement que le film était en marche quand les premiers symptômes sont apparus : crispation de la mâchoire et des poings, tachycardie, suées, oeil qui clignait tout seul. Inquiète - et étrangement en colère - j'ai foncé chez mon médecin, qui habite à deux pâtés de maison. 30 minutes plus tard - le temps de réussir à actionner la poignée de la porte de son cabinet avec mes poings fermés -, je me retrouvais devant la mine ébahie du Docteur Latouche.

Après m'avoir posée mille questions, auscultée de bas en haut et après avoir passé quelques coups de fil à des collègues, le toubib me fit asseoir. "Vous êtes allergique", déclara t-il. "Allergique à quoi ?", je demandai, étonnée (ce qui donnait en vrai, ma mâchoire étant comme soudée, plutôt un "Aegik à ko ?"). Le docteur Latouche prit une inspiration. "Au film de bobo". Je restai comme deux ronds de flan. "De bobo new-yorkais, d'intello chic... Appelez ça comme vous voulez. C'est une allergie très rare, et malheureusement, on n'a pas encore trouvé d'antidote, continua le médecin. La seule solution, c'est d'éviter ce genre de film." Il me parla alors des signes infaillibles à repérer au cinéma pour savoir s'il s'agissait d'un film de bobo ou non. Et nous nous séparâmes sur une poignée de main-shake (j'avais toujours le poing bloqué en position fermée, rappelez-vous).

Des mois, une année passèrent. J'évitai soigneusement les films d'intellectuels new-yorkais, et oubliai peu à peu les recommandations du médecin. Jusqu'à ce jour de juillet, où, appâtée par les bonnes critiques de "Frances Ha", je me retrouvai devant le film de Noah Baumbach. Je n'eus même pas le temps d'avaler un M&Ms, que mon oeil se mit à cligner violemment. Une bouffée de colère commença à m'envahir. Mes poigs devinrent deux blocs durs, mes dents se soudèrent. Quelque chose comme un grondement monta de ma gorge.

C'est reparti pour un tour 

Les paroles du médecin me revinrent d'un coup en mémoire. Le noir et blanc... Des phrases hors contexte ou philosophiques... Un film bavard... Un film où tous les protagonistes sont des artistes... Une overdose de références à la Nouvelle Vague... Des vignettes qui s'enchainent à toute allure... J'étais devant un film d'intello chic ! Ni une, ni deux, je pris tant bien que mal mes cliques et mes clacs et m'enfuit sans demander mon reste.

"E fim e u éile ke ou aé ?", demandai-je entre mes dents à la caissière de l'UGC. "Pardon ?", demanda t-elle, les yeux ronds. "E FILM LE PU DEBILE KE OU AVEZ !", je répétai. "Euh... Bah y'a bien le Michael Bay, mais il est pas encore sorti, on a que les affiches pour le moment. Eh, mais... Où est-ce que vous allez ?" Quelques secondes plus tard, j'étais posée devant l'affiche de "No pain, no gain". Et, tout en me décrispant déjà devant la tronche de ces 100% biscotos 0% cerveau, je me promis qu'on ne m'y reprendrais plus.

Homer 1

Publié dans N'ImpS !!!

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