Du Grain à Démoudre : un festival fort de café

Publié le par Chippily

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Y'a pas que Deauville ou Cabourg comme festivals de cinéma en Normandie ! Depuis 2000, "le festival Du Grain à Démoudre", organisé par des jeunes de 12 à 25 ans, fait son petit chemin. Portrait de ce festival atypique et petit aperçu de ce qu'a réservé l'édition 2012.

En novembre, j'ai eu envie de prendre l'air. Alors je suis partie à Paris. Ah, Paris... La capitale ! La ville romantique ! Mais aussi la ville où dans les gares le sandwich basique est à 4 euros, et où tu te demandes si tu vas pas piquer un peu de papier hygiénique, histoire de rentabiliser les 50 centimes dont il faut s'acquitter pour pénétrer dans l'antre sacrée des toilettes. Nothing to do here ! J'ai remis mon sac à dos (bon, pour de vrai j'avais une valise à roulettes, mais c'est pour l'image, hein) et j'ai pris le prochain train qui entrait en gare, direction la Normandie. Ah, la Normandie... Ses vaches, ses vertes contrées... En fait plutôt ses immenses grues du Havre et son vent glacial. Mais il faisait beau, et n'ayant pas envie de poursuivre jusqu'en Angleterre, j'ai décidé de me poser là. Et voilà pas qu'au détour d'un chemin, devinez sur quoi je tombe ???

festival-du-grain-a-demoudre-020.JPGUne sculpture bizarre. Et quand je me retourne :

festival-du-grain-a-demoudre-021.JPGfestival-du-grain-a-demoudre-022.JPGUn festival de cinéma. Un festival de cinéma !!! Je ne suis pas à Cabourg. Ni à Deauville. Non. Je suis à Gonfreville l'Orcher, où on célèbre la 13ème édition du Festival Du Grain à Démoudre.

A l'origine, une association conçue pour rapprocher les jeunes et le cinéma. Un festival est lançé dans la foulée, en l'an 2000. Objectif : trouver des pépites audiovisuelles et les ramener pour les projeter - et les juger - en Normandie. Et ce sont les jeunes, âgés de 12 à 25 ans, qui se déplacent dans toute la France pour les dénicher. Festival de Cannes, de Montpellier, de Deauville... Ils sont infatiguables. Et,lors du festival, donnent le tournis. Ils organisent un atelier maquillage de zombies, accompagnent une Claire Keim - membre du jury  - fredonnant un air de musique jusqu'au buffet, lancent une soirée morts-vivants, présentent tout sourire réalisateurs et acteurs québécois, slovènes ou américains qu'ils ont eux mêmes convaincu de venir... Et tout ça rien qu'en carburant au Coca et aux friandises, oui Monsieur. Petit récapitulatif en trois points du week-end de compétition de l'édition 2012 si vous avez manqué ça :

festival du grain à démoudre 006Le (jeune) homme du festival : Antoine Olivier Pilon

Il arrive d'un pas décontracté, en T-shirt, jeans, basket, puis, en se voyant à l'écran, lâche un : "Avec mes cheveux longs, on aurait dit Justin Bieber !". Lui, c'est Antoine Olivier Pilon, acteur titre du film québécois "Frisson des collines", à peine 14 ans et déjà une aisance  et une auto-dérision à faire pâlir les plus grands. Au départ, pas un enfant de la balle : "personne de ma famille ne travaillait dans le cinéma. Ce qui m'a donné envie de devenir acteur, c'est quand j'ai vu des jeunes de mon âge à la télé". "Frisson des collines", c'est son premier rôle. L'histoire d'un enfant des sixties rêvant absolument de participer au festival de Woodstock, mais qui va devoir faire face à la mort de son père. Un film léger, sympa, parfois un peu naïf et cheap, mais dans lequel le jeune Antoine fait des merveilles - il remportera lors du festival un prix pour son interpération et le film se verra sacré long-métrage préféré des spectateurs. "J'avais certains points communs avec le personnage, ça a aidé, et j'avais une coach pour me préparer", avoue le jeune homme. Depuis, Antoine s'est trouvé un nouveau rôle : celui d'un jeune hockeyeur sur glace dans le film québécois "Les Pee Wee 3D". Et partage en souriant ses découvertes françaises. "Chez nous, au Québec, on a pas de Citroën... Et puis le truc pour se sécher les mains où il faut tirer pour pouvoir essuyer ses mains, j'ai pas osé y toucher !". Un étonnement qui continuera lors du festival : "Comment ça, vous dites pas "les chemises de l'archi-duchesse" ?!?".

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Le film qui a fait jaser : "Ce qu'il restera de nous", de Vincent Macaigne

Ca commence par une présentation bizarre. Vincent Macaigne, venu avec son équipe présenter son court-métrage "Ce qu'il restera de nous", bafouille, baragouine, se reprend, s'emmêle... Jusqu'à hurler un : "Bon, de toute façon tout le monde s'en fout !". Et puis, après, il y a le film. L'histoire d'un marginal, qui touche l'héritage de son père. Ou quelque chose comme ça. Le héros gueule sur des gens, récupère un pot d'échappement qu'il enterre dans un jardin, se déshabille devant la copine de son frère, prend son bain dans des positions bizarres, une femme se barbouille de rouge à lèvres... Ajoutez à ceci la palme du plan le plus moche et la palme de la plus belle surexposition et vous aurez...3 prix au festival de Clermont Ferrand. Fin du film. Deux personnes se lèvent et applaudissent. Ma voisine est en train de s'étrangler de rire. Et dans le reste de la salle, c'est un silence de stupéfaction. Grosse arnaque ou film du siècle ? Le grand jury a son opinion en sous-entendant séchement au réalisateur que son film aurait toute sa place dans un canisite. Et chez les organisateurs on se refile la patate chaude : "ah bah non, c'est pas moi qui l'ai sélectionné ce film ! D'ailleurs j'ai toujours pas compris comment il s'était retrouvé dans la sélection officielle...".

Curfew

Le film qui a tout raflé (ou presque) : "Curfew" ("Couvre-Feu" en VF)

Un homme est en train de se suicider dans son bain. Le téléphone sonne. C'est sa soeur, qui se met à l'engueuler pour qu'il garde sa fille, car "de toute façon il n'a rien de mieux à faire". L'homme accepte. Tel est le début totalement frappé, sidérant, donc génial de "Curfew", le court-métrage de Shawn Christensen, film sur la relation entre deux êtres qui apprennent à se découvrir. C'est un succès foudroyant : sur les 5 jurys composant le festival, "Curfew" remportera l'adhésion de 4 d'entre eux pour le prix du meilleur court-métrage. Dommage que le réalisateur n'ait pas fait le déplacement. Mais du côté des organisateurs, on préfère en rigoler : "Il va halluciner quand il va recevoir tous ses trophées par la Poste !". Des prix qui ont peut-être porté chance à Shawn Christensen : il vient d'être nominé dans la catégorie Meilleur Court-Métrage des Oscars 2013.

Et voilà, c'en est tout de mon résumé de cette (géniale) édition 2012 du festival Du Grain à Démoudre. Pour voir tous les résultats, vous pouvez cliquer ICI. J'ai juste une petite déception concernant la compèt, que le court-métrage "Tuba Atlantic" n'ait pas été primé, rien que pour son histoire de dingue : un grand-père, grand amateur de massacres de mouettes, apprend qu'il n'a plus que 6 jours à vivre, et reçoit la visite d'une jeune fille du Club Jésus, qui, pour monter dans sa hiérarchie et devenir "ange de la mort", doit accompagner quelqu'un jusqu'à ce qu'il meure. Et le grand-père n'est pas son premier client...

FILLE : J'ai déjà essayé avec 2 personnes avant, mais ça n'a pas marché.

GRAND-PERE : Pourquoi ?

FILLE : Elles ont survécu.

Publié dans HoRs-cHaMp

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