Cloclo

Publié le par Chippily

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Pitcho, mon pitch : l'histoire de Claude François, qui enchaina conquêtes amoureuses et tubes, avant d'avoir le coup de foudre pour la lampe de sa salle de bain.                          

Biopic. J'ai de l'urticaire rien qu'en entendant ce nom. Il faut dire que, d'après mes expériences personnelles, le "biopic", c'est : un ennui total devant la vie d'un chanteur de country américain ; un moment très très (trop) tranquille devant les péripéties d'une résistante birmane ; ou encore une folle envie de zapette après seulement quelques minutes des déboires d'un aveugle... Bref, le "biopic" se résumait pour moi à un truc dégoulinant de bons sentiments faisant le portrait glorieux d'une idole de hier ou d'aujourd'hui, tout en occultant ou minimisant ses parts d'ombre. Mais celui sur Claude François m'intriguait au plus haut point : porté par un acteur belge (Renier), il s'était de plus vu attribué à un réalisateur incongru : Florent Emilio Siri, qui raffole de...westerns.

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La grande force de Florent Emilio Siri ? Avoir réussi à capter Cloclo sous un angle nouveau. C'est-à-dire d'en bas avec la tête penchée.

Bref, à peine le temps de réfléchir que me voilà assise à la première avant-première de France de "Cloclo"(d'ailleurs, il est possible que je parle de scènes supprimées dans la version finale qui sortira en salle dans une semaine). Et tout commence...comme d'habitude dans les biopics: on retrouve le thème de l'enfance heureuse (ici en Egypte), brisée par un événement traumatisant (les Français sont jartés du pays après la nationalisation du canal de Suez) et des problèmes familiaux (un papa assez strict et craignos, qui ne veut pas que son fils devienne artiste). Ajoutez à ceci des figures incoutournables du biopic comme le jeu avec les connaissances du spectateur (Cloclo qui sort, devant son patron hilare : "Vous verrez, un jour je ferai un disque !", ou cette manie de bien régler les ampoules) et une mise en scène traditionnelle dans les premières minutes, et voilà, j'ai déjà envie de hurler, jeter mon siège sur l'écran, et partir en courant et en agitant les bras. Mais voilà, comme j'ai payé mon ticket et que j'ai un peu mal aux bras, je me décide à rester sagement assise. Bien m'en a pris : enfin, une idée de mise en scène avec un jeu sur le tourne-disque. Et le film est lançé.   

Cloclo-show000.png               -- Veuillez insérer une légende marrante et pas trop chiante ici --

C'est alors toute la vie de Claude François qui va défiler devant les yeux des spectateurs : des premiers pas (râtés), aux succès ("Comme d'habitude") ; de France Gall (toute mignonne) à sa femme-blonde-dont-je-me-rappelle-plus-le-nom-avec-qui-il-aura-un-gosse, avec en arrière-fond sonore, bien sûr, ses chansons les plus connues. Siri a la bonne idée de varier leurs présentations : on voit la création de certaines (instant magnifique où Cloclo et ses auteurs se rendent compte de ce qu'ils ont réalisé après avoir créé "Comme d'habitude"), tandis que d'autres sont présentées alors qu'elles sont enregistrées en studios, lors d'émissions TV... Ou alors elles illustrent des passages clefs de la vie du chanteur.

Chanteur... dont l'équipe du film n'était pas spécialement fan. Ainsi, aucune concession : Cloclo est montrée dans toute sa splendeur...mais surtout dans ses vices les plus immondes. Control freak, perfectionniste, maniaque, jamais satisfait de lui-même et se remettant sans cesse en cause, c'est aussi un véritable psychopathe d'une jalousie maladive (incroyable scène après la victoire de France Gall à l'Eurovision), qui n'hésite pas à séquestrer sa première petite amie pour ne pas qu'elle sorte sans lui le soir (bon, d'un autre côté, elle l'avait bien mérité, hein, elle l'appelait "Claute"). La carapace dorée du chanteur vole alors en éclats, dévoilant un homme souvent à bout de nerfs sous son image d'idole parfaite. Et ce sont dans ces instants qu'on retrouve la "patte Siri" : coupures, respirations, gros plans venant briser l'harmonie de l'ensemble et laissant apercevoir un Claude François à moitié nu sanglotant dans sa loge.

Mais c'est quand tout semble perdu, au plus bas, que Claude François se dévoile dans toute sa splendeur : alors qu'il est au bout du rouleau, ses fans (des petites minidettes sans aucun doute éperdumment amoureuses de leur star préférée) lui soufflent des paroles réconfortantes. Et se dévoile ainsi l'homme qui a toujours tout fait pour son public. Quitte à se faire aspirer, engloutir par lui lors de concerts éreintants. Show-man, businessman, certes, mais aussi grand amoureux de musique : il découvre le disco avec un grand sourire, se laisse entrainer par les rythmes lors des concerts de ses idoles et écarquille grand les yeux devant sa star, "The Voice", Frank Sinatra (Robert Knepper !!! Qu'on voit au maximum 1 minute dans le film, mais c'est pas grave, c'est quand même Robert Knepper !!!). D'ailleurs, le pardon ne viendra pas de ses propres chansons, mais de celles des autres (ici en l'occurence, "My Way" de Sinatra)(réalisation très kitsch mais très bonne idée au demeurant).

Pour incarner cet homme aux multiples facettes, un acteur belge : Jérémie Renier. Outre une ressemblance frappante entre la star et l'acteur, il incarne aussi à merveille un Claude François dans tous ses états (le seul reproche que je pourrais lui faire, ce sont certaines tournures de phrases maladroites, trop explicatives. Mais je pinaille, je pinaille). Autre acteur à s'être investi à fond (mais malheureusement assez rare à l'écran) : Benoit Magimel, qui a multiplé les prothèses pour son rôle.

Cloclo prothèses000Et ouais, désolé les mecs, mais niveau prothèses, Benoit l'emporte haut la main...

L'acteur fétiche de Siri campe dans "Cloclo", un homme mystérieux, venu s'occuper de la carrière du chanteur belge, homme dont le film ne dira pas grand chose, et qui parle comme Sarkozy. Robert Knepper, quant à lui, campe un Frank Sinatra idéalisé et impressionnant Cloclo (d'ailleurs, c'est intéressant de noter que la scène où Sinatra s'énerve contre ses musiciens - scène qui le rapprocherait des colères de Claude François - a été coupée au montage) (Par contre, impossible de mettre la main sur une image de l'acteur américain grimé en "The Voice" (j'ai triché pour la photo juste au-dessus. Elle provient d'un autre film de l'acteur, intitulé "Burning Daylight"). Tout ce que j'ai réussi à vous dégotter, c'est l'affiche représentant Sinatra - donc Knepper - placardée derrière Claude François (ce qui ne vous permettra pas d'admirer en détail les superbes lentilles bleues revêtues pour l'occasion par l'ex T-Bag. Rooooh)).

Cloclo Knepper000Mais les stars sont aussi dans l'histoire (nooon, je ne parle pas de Mia Frye qui se met bien JUSTE en plein milieu du plan avec un habit ROUGE pas du tout voyant) : Siri s'amuse à représenter quelques idoles de l'époque, notamment en installant une rivalité Hallyday-François qui passera par les unes des journaux.

Bref, si tu devais résumer tout ça - parce que là, ça commence un peu à faire long, hein - qu'est-ce que tu dirais de Cloclo, Chippily ?

Et bah, chère moi-même, je dirais ceci : Cloclo est un drôle de film. Conciliant un certain académisme avec des idées de mise en scène incroyables (notamment les plan-séquences), il montre tour à tour un Claude François touchant, monstrueux, malheureux, bling-bling, faible, sociopathe. Objet de bruit et de fureur, le film devient alors, à l'image de son premier plan montrant un Cloclo en sueurs tournant sur lui-même, un véritable tourbillon dont on sort retourné, lessivé, incertain. Difficile de plaquer alors un seul adjectif à ce film touffu (presque 2h30 tout de même, et une vie qui défile) où le malaise cotoie la joie, la mort la vie. Mais une seule chose est sûre : on ne ressort pas de "Cloclo" indifférent à ce que l'on vient de voir.

étoile 2 et demi

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Squizzz 22/04/2012 23:07

C'est vrai que le biopic est un art complexe... Florent Emilio Siri s'en tire vraiment bien en livrant un film à la fois populaire mais en même temps artistique. Jérémie Renier est totalement
habité par son rôle, par contre je ne te rejoins pas sur Benoît Magimel, qui est limite grotesque avec toutes ses prothèses.
Si tu veux voir de très bons biopic, je te conseille "Gainsbourg (vie héroïque)" de Joann Sfar ou encore "Control" d'Anton Corbijn sur Ian Curtis, le leader de Joy Division.

Chippily 01/05/2012 21:48



Ah ! Les fameuses prothèses de Magimel ! Je comprends que tu n'aies pas accroché !


Pas encore vu "Control" (merci pour le conseil :) ), mais "Gainsbourg (vie héroïque)" oui...et j'avais été un peu déçue car le film faisait un peu trop "catalogue" (hélas, c'est le risque avec
les biopics...).



Fri 17/03/2012 21:30

Pas encore vu le film, mais commencer l'article par parler du "coup de foudre pour la lampe de la salle de bain" tu fais très fort :D

Chippily 18/03/2012 11:10



J'avoue avoir parfois un humour très spécial, héhé...



mymp 10/03/2012 11:55

Les retours sont plutôt très bons pour l'instant, et le tien ne déroge pas à la règle. Du coup, j'avais des réticences moi aussi à aller voir ça (et puis pas fan de Cloclo), mais je pense me
laisser avoir !
Sinon, je dirais Crazy heart, The lady et Ray :) J'ai tout bon ?!

Chippily 10/03/2012 16:18



Ah, presque ! Tu as bon pour les deux derniers, mais pour le chanteur de country américain je pensais plutôt à Johnny Cash ("Walk the line") ;)


et bien, j'attends ta critique avec impatience alors ! :)