Sur les pas d'Alain Resnais à Vannes

Publié le par Chippily

Alain Resnais (3e rang, 3e à partir de la gauche, le garçon avec les cheveux épais) en 1932, posant pour sa photo de classe. Il fréquente alors le collège Saint-François-Xavier de Vannes (photo : archives municipales de Vannes - fonds collège et lycée Saint-François-Xavier de Vannes).

Alain Resnais (3e rang, 3e à partir de la gauche, le garçon avec les cheveux épais) en 1932, posant pour sa photo de classe. Il fréquente alors le collège Saint-François-Xavier de Vannes (photo : archives municipales de Vannes - fonds collège et lycée Saint-François-Xavier de Vannes).

Alain Resnais détestait Vannes (Morbihan), sa ville natale, qu'il a "fui" à 14 ans. Pourtant, la cité bretonne de 53 000 habitants grouille de souvenirs liés au grand réalisateur. Et si lui n'est plus là, les bâtiments qu'il a fréquentés sont toujours debout et racontent chacun une anecdote du petit garçon solitaire (article paru pour la première dans l'édition Vannes de Ouest-France).

« C’est vrai que c’est lui qui a fait le film « Hiroshima mon amour » ! » Penché au-dessus de son ordinateur, au milieu de boites de paracétamol et autres bandages, Vincent Cariou sourit. Depuis 2008, il est le propriétaire de la pharmacie Saint-Nicolas, petite enseigne collée aux remparts de Vannes (Morbihan), à deux pas de la cathédrale. Parmi ses prédécesseurs, un certain Monsieur Pierre Resnais. Le père d’Alain.

Alain Resnais en 2014 (© F comme film/ Arnaud Borrel)

Alain Resnais en 2014 (© F comme film/ Arnaud Borrel)

Dans le "Ouest-Eclair" du 9 juin 1922.

Dans le "Ouest-Eclair" du 9 juin 1922.

C’est le 3 juin 1922 qu’Alain Resnais voit le jour à Vannes. Le début d’une grande histoire de…haine avec sa ville natale. Le petit garçon, atteint d’un asthme sévère, étouffe. Au sens propre comme au figuré. Eduqué strictement, obligé de passer des nuits dans un fauteuil pour pouvoir respirer, il prend la Bretagne en grippe. S’ennuie.

« Avant la Seconde Guerre mondiale, Vannes est un peu endormie, sans dynamisme, il ne se passe pas grand-chose », analyse Hubert Poupard, ancien archiviste de la ville.

L'établissement scolaire Saint-François-Xavier (SFX pour les intimes).

L'établissement scolaire Saint-François-Xavier (SFX pour les intimes).

Au collège Saint-François-Xavier, aussi, ça ne va pas fort. Dans ses bulletins, les A s’alignent. Mais, fils unique parmi des familles nombreuses catholiques, il se sent mal aimé. Et rate de plus en plus de cours, sa maladie s’aggravant. « C’était un enfant renfermé, très fatigué par ses crises d’asthme, se souvient Yvonne, 91 ans, camarade de récré et dont le père allait jouer les précepteurs chez les Resnais. Ses seuls amis, c’était ses cousins. » Le 7ème art sera sa bulle d’oxygène.

L'ancien cinéma l'Eden.

L'ancien cinéma l'Eden.

Du cinéma l’Eden, situé à 5 minutes à pied du collège, il ne reste aujourd’hui qu’une superbe façade Arts déco, le bâtiment se partageant entre logements et cabinets médicaux. C’est pourtant là que le petit Alain verra ses premiers films. Il convainc les scouts de le laisser libre les jeudis et dimanches, jours de séances de cinéma. Argumente auprès de ses parents pour aller à l’Eden et non à la Garenne, cinéma paroissial. « Ils n’ont accepté qu’à condition que je porte ma casquette de Saint-François-Xavier ! » se remémorait-il dans Ouest-France en 2006.

Un bus place de la République (par Billy69150 - travail personnel, CC BY-SA 4.0).

Un bus place de la République (par Billy69150 - travail personnel, CC BY-SA 4.0).

A 13 ans, il reçoit pour Noël une caméra. L’actuelle place de la République, aujourd’hui grouillante de voitures et de bus, devient son terrain de jeu. Il arpente les rues aux alentours, caméra au poing. Filme ses petits camarades. Et monte, chez lui, une véritable salle de cinéma : fauteuils qui claquent quand on se lève, écran et projecteur dissimulé derrière un petit rideau. « Si un spectateur pointait le nez derrière le rideau, j’avais un gros maillet pour donner un coup sur la tête. »

Son premier court-métrage : Fantômas, en 1935. Le début d’une grande série, avec des chefs d’œuvre comme « Nuit et brouillard », « L’année dernière à Marienbad » ou « Smoking/No Smoking ». Une liste qui s’achèvera par le long-métrage « Aimer, boire et chanter », sorti en 2014, année de sa mort.

En 1936, c’est décidé : les parents d’Alain Resnais décident de l’envoyer chez son oncle à Paris, où leur fils ne souffre plus d’asthme. Désirant d’abord être acteur, Alain se tourne finalement vers la réalisation. Et oublie Vannes. En 1995, la municipalité lui proposera la médaille d’honneur de la ville. Il déclinera.

A suivre...

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