Non, "Elle" ne fait pas l'apologie du viol

Publié le par Chippily

Non, "Elle" ne fait pas l'apologie du viol

Paul Verhoeven serait-il infâme ? C'est la question sur laquelle s'écharpent critiques et internautes depuis la présentation de son dernier film à Cannes, "Elle", avec Isabelle Huppert. En cause : pour Delphine Aslan, co-fondatrice de l'association qui se dit féministe FièrEs, le long-métrage surferait sur la "vague malheureusement bien connue de la culture du viol". Perso, je pense que c'est un peu plus complexe que ça...

SPOILERS A MORT !!!!

Le chat gris n'en perd pas une miette. Assis près d'une table, il dévore des yeux ce qui semble être une scène d'amour, pendant que des râles de plaisir montent crescendo. La caméra bifurque sur le couple. L'homme a une cagoule. La femme est à terre, du verre brisé autour d'elle. Il y a du sang sur ses cuisses. L'homme part. La femme reste sonnée. Malaise.

En moins de cinq minutes, Isabelle Huppert et le mystérieux homme en noir ont provoqué le scandale. "Il est génial ce film, raille Delphine Aslan. Il permet aux journalistes pourfendeurs de la bien-pensance de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas : les femmes, au fond, elles aiment quand on les force." Euh... Vraiment ?

Quand Isabelle Huppert se fait violer, elle ne rêve pas que l'inconnu revienne : elle s'imagine en train de lui fracasser la tête. Même, elle va acheter une jolie hache et une bombe lacrimo pour se défendre (et elle n'hésitera pas à s'en servir).

Non, "Elle" ne fait pas l'apologie du viol

"Vous voulez savoir ce qu'est un thriller féministe ? Ce serait un film où l'héroïne poursuit son violeur, le retrouve, découvre qui il est, l'émascule, le défigure, le fait enfermer ou se venge d'une manière ou d'une autre", dénonce Delphine Aslan... alors qu'Isabelle Huppert prend exactement le même chemin.

Elle s'arme, mène une enquête, se défend (aïe aïe aïe le ciseau enfoncé dans la main) et découvre finalement qui est son agresseur. Et là...ça se complique. Et ça devient très intéressant. Non, Isabelle Huppert ne va pas se venger de manière cliché comme le préconise la co-fondatrice de FièrEs. Et c'est ça qui fait tout le sel du film. 

Non, "Elle" ne fait pas l'apologie du viol

Le long-métrage sombre dans l'ambiguïté, devient retors. Quels sont les vrais sentiments d'Isabelle Huppert, au passé plus que trouble ? Son véritable objectif ? Elle, la sadique qui fait exploser un couple, humilie sa mère, veut blesser la nouvelle compagne de son ex, à qui d'ailleurs elle défonce l'avant de la voiture.

Le film "Elle" "décrit la rencontre improbable et fusionnelle de deux monstres", écrit Jean-Baptiste Morain dans les Inrocks. Et ce n'est peut-être pas l'homme qui mène la danse, comme le clame avec colère Delphine Aslan.

Certains parleront de danse macabre. J'y vois plutôt une corrida. Où le toréador joue avec un être noir. Le provoque, puis s'esquive. Avant la mise à mort finale.

Dès le générique de fin, j'ai voulu rembobiner "Elle". Y dénicher d'autres indices. Y comprendre des sous-entendus. Y revoir la scène terrible et mystérieuse de la prison. Et être sûre, que, à la fin, ce sont deux copines qui partent ensemble... ou si c'est le bourreau qui emmène entre les tombes sa nouvelle victime.

Publié dans CiNéMa

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