Trois raisons de voir Le Crabe-Tambour

Publié le par Chippily

En route pour les eaux glaciales du Canada, trois hommes se souviennent d'un quatrième, qu'ils surnommaient le Crabe-Tambour. Ou Jean Rochefort AVANT...

En route pour les eaux glaciales du Canada, trois hommes se souviennent d'un quatrième, qu'ils surnommaient le Crabe-Tambour. Ou Jean Rochefort AVANT...

1. Pour briller en société. L'histoire se passe sur le navire Le Jauréguiberry. Et c'est toujours classe de sortir "Jauréguiberry" d'une traite, en parlant du film, à table, entre le repas et le dessert. Mon astuce mnémotechnique pour retenir ce nom : penser à la phrase "J'aurais Gui Berry !" (Gui Berry étant, comme tout le monde le sait, le père du célèbre Ri Berry).

2. Parce qu'avant de faire n'importe quoi, Jean Rochefort était un acteur sérieux. Et même qu'avec son rôle de commandant sec et froid dans "Le Crabe-Tambour", il a remporté le César. C'était en 1978.

Sa réplique phare dans le film : "Pas de sermons, docteur ! Pas de sermons !"

Sa réplique phare aujourd'hui : "C'est un piaf bien pépère qui chille sur un arbre chéper et s'envoie un petit Babybel des familles."

...et Jean Rochefort APRES.

...et Jean Rochefort APRES.

3. Parce que les chats noirs ont aussi leur mot à dire. Stuper à Minouland ! Le 20 mai, Slate dégainait son article, véritable pavé dans la mare : "Pourquoi le cinéma hollywoodien caste-t-il toujours le même chat ?" accompagné de photos de matous...roux. Bon, l'article ne répond pas vraiment à la question, hein, même si à un moment on ose un : "Les chats roux passent bien à l'écran."

Et là, lever de boucliers, miaulements furieux des chats d'autres couleurs criant au racisme, blocage des usines de croquettes pour protester... Cloturons tout de suite cette polémique : non, il n'y a pas que les chats roux qui sont cinégénique. La preuve, dans "Le Crabe-Tambour", on adopterait bien le chat noir du héros, nommé Monsieur ma conscience.

Trois raisons de voir Le Crabe-Tambour

LA VRAIE CRITIQUE DU FILM

Le Jauréguiberry plonge. Doucement, le navire s'enfonce dans les flots, tel un sous-marin rejoignant le fond de l'océan. Et soudain, il se redresse, dans un éclat de vagues et d'embruns.

S'il y a bien une chose qui est réussie dans "Le Crabe-Tambour", c'est ça : ces prises de vue impressionnantes d'un bateau malmené par les flots et chopées par Raoul Coutard, le célèbre chef-opérateur. Qui organisera d'ailleurs une séance spéciale avec uniquement ces rushes devant des marins ébahis.

La peine des hommes

Il y aura aussi cette véritable séquence de pêche au large de Saint-Pierre-Miquelon, comme un petit bout de documentaire qui s'est fait une place dans un autre film. En l'envoyant rejoindre ces travailleurs par zodiac, le réalisateur Pierre Schoendoerffer aurait dit à son opérateur Dominique Merlin : "Ramène-moi la peine des hommes !"

Tout suinte le réel dans "Le Crabe-Tambour". Cette manière sèche de parler quand on dirige un navire ("Je prends !"). Jean Rochefort qui se balade en tenue de commandant. Ces moments d'attente dans le ventre du navire. Les valeurs défendues par les officiers (honneur, donner sa parole...) Il faut dire que tout a été validé par la Marine et que les acteurs ont tourné en mer, avec les membres du vrai équipage.

Le problème, c'est la fiction

Non, le problème, dans ce film, c'est la fiction. Jean Rochefort, Claude Rich et un Breton alcoolo échangent sur un individu qu'ils ont bien connu, le Crabe-Tambour. Au moyen de flash-backs, dans un récit dense, ils recousent leurs souvenirs sur un homme qu'ils semblent tous porter en estime. Pour quelle raison ? On ne sait pas trop. Et c'est bien ça le problème.

Tout est axé sur le Crabe-Tambour, qui, malgré son charisme et son chat noir, manque de grandeur. Et pourtant, pour qu'un commandant tel Jean Rochefort soit autant en admiration devant lui, c'est qu'il en avait, le bonhomme ! 

Miné par ses longues séances de parlotte, une intrigue parfois complexe pour celui qui ne connait pas bien l'histoire de France, et manquant de lyrisme, le "Crabe-Tambour" sombre. Car Schoendorffer, trop collé à la réalité, a oublié de donner une envergure romanesque à son récit.

Mais, comme Le Jauréguiberry, soudain, à travers quelques séquences (celles documentaires, mais aussi du procès, par exemple), le film remonte miraculeusement au-dessus des flots. Et, à ce moment là, semble insubmersible.

Publié dans CiNéMa, N'ImpS !!!

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