NWR : "Il ne faut pas être honteux, tout le monde vole"

Publié le par Chippily

NWR : "Il ne faut pas être honteux, tout le monde vole"

Son nouveau film "Neon Demon" est sélectionné à Cannes. Moi, je l'avais rencontré à Lyon, pendant le Festival Lumière, en octobre. L'occasion d'un petit portrait de Nicolas Winding Refn ?

Si ça avait été un speed-dating, il aurait été recalé tout de suite. A peine sa master-class vient-elle de commencer au cinéma la Comédie Odéon de Lyon, que le réalisateur danois Nicolas Winding Refn a déjà livré tous ses défauts.

"Je ne sais pas jouer, je suis daltonien, j'ai la capacité d'écrire d'un enfant de 10 ans, je ne suis pas très sexy..." récite-t-il dans un anglais très scolaire. Ne lui reste alors qu'une seule chose : réaliser.

Ce n'est pas gagné d'avance, quand il arrive à New York à la fin des années 1970, sans parler un traitre mot d'anglais et dans les jupes de sa mère. Nicolas est un "mama's boy", comme il le confesse dans un sourire. Et, pour grandir, il faut se révolter contre ses parents, affirme-t-il. 

Avec le traducteur Michel Zlotowski, père de Rebecca.

Avec le traducteur Michel Zlotowski, père de Rebecca.

Sa mère, photographe qui a immortalisé dans son viseur Jimi Hendrix ou Miles Davis, aime la Nouvelle Vague française "and all this shit" ? Son fils ira voir "Massacre à la tronçonneuse" juste pour l'emmerder. "La seule façon pour moi de me rebeller, c'était d'aimer les choses très violentes, car c'est tout ce que détestait ma mère. Ca et Ronald Reagan."

Le petit Nicolas aligne les séances d'oeuvres très "offensive", contre-culture. Au festival de Cannes, dans lequel il travaille comme jeune assistant, il voit "Clerks", de Kevin Smith. "Je peux faire ça !"

"J'ai eu du succès très tôt et je suis devenu arrogant"

Alors, il se lance. Emprunte 10 000 euros à maman. Prend la caméra de son oncle. Et se met à tourner. "C'était une manière d'exorciser mes démons." Il est repéré par un producteur danois, obtient une bourse de 60 000 euros. A 24 ans, il quitte sa maman pour sa première copine. Et, à  26, lâche la bombe "Pusher" dans le paysage audiovisuel danois.

"J'ai eu du succès très tôt et je suis devenu arrogant", reconnaît le cinéaste. Avant d'ajouter avec un petit rictus : "Heureusement, je me suis brûlé les ailes peu après."

Drive : "Pas un très bon script"

Devant le public lyonnais, il évoque sans fard "Drive". "A la base, ce n'était pas un très bon script. Le premier scénario, c'était du genre "Fast and furious". Il fallait donc cette histoire d'amour avec beaucoup d'émotion. La veste, le logo du scorpion... J'ai énormément piqué à Kenneth Anger pour tout ça. Il ne faut pas être honteux, tout le monde vole. Et ceux qui disent qu'ils ne volent pas sont des menteurs. Volez au passé !"

On le reprend. "En France, on ne dit pas "voler" : on dit "rendre hommage" !" Nicolas Winding Refn sourit. "Les Français sont si intelligents."

Il clame aussi sans détour son admiration à Ryan Gosling (une "wonderful" personne), organise un sondage pour savoir qui de RG ou de Mads Mikkelsen est le plus sexy ("Comment ça Ryan perd ??") et parle avec animation de sa nouvelle lubie : avoir collecté d'anciennes affiches de série Z dans un grand livre. "C'est un peu une machine à remonter le temps vers une période, un cinéma qui n'existent plus."

La bande-annonce de son prochain film, "Neon Demon", qui sera présenté à Cannes en mai, vient tout juste de sortir. Il faudra attendre un peu pour voir si Nicolas Winding Refn pense toujours que le "sexe au cinéma, c'est ennuyeux". Mais, à en croire les premières images, son goût des couleurs, lui, n'a pas changé. "J'adore le rouge ! Dans "Only Gods forgives", j'en voulais partout !"

Publié dans HoRs-cHaMp

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