The Walk suit-il le fil des films à Oscars ?

Publié le par Chippily

The Walk suit-il le fil des films à Oscars ?

Souvenez-vous : c'était la phrase qui faisait frissonner les cinéphiles du monde entier. Inspiré d'une histoire vraie. Cinq petits mots qui, collés sur l'affiche d'un film de fin d'année, allumaient d'un rouge vif les néons "biopic" et "film à Oscars" (FAO pour les intimes). Sorti fin septembre, "The Walk" validera-t-il tous les clichés du FAO ?

Une histoire extraordinaire

Check. 

C'est le récit d'un drogué qui deviendra un grand musicien. Non, c'est l'histoire d'un autiste homosexuel qui permettra aux Alliés de gagner la Seconde Guerre mondiale. Ou non, non, non, c'est l'histoire d'un petit garçon traumatisé par la mort de son frère qui deviendra une star de la country !!

Le FAO délivre toujours une belle histoire très "american dream", car quand-on-veut-on-peut et si je réussis ici I'll-make-it-everywhere. "The Walk" est donc l'histoire d'un petit Français (Philippe Petit t'as compris le jeu de mots, hihi) frappé d'une idée dingue : mettre un fil entre les Tours Jumelles de New York et marcher dessus. Et tout ceci en toute illégalité, bien sûr, et avec l'aide de complices.

Le personnage principal : une transformation physique...

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"Han ! Il lui ressemble trop !!" est LA phrase prononcée par les spectateurs qui envoie les producteurs au septième ciel (car transformation = nomination aux Oscars). Du coup, ça prothèse-ise, ça faux-nez-ise, ça lentilles-bleu-ise à tout va... et Joseph-Gordon Levitt n'y échappe pas. Non mais regardez-moi cette fausse perruque dégueulasse !

The Walk suit-il le fil des films à Oscars ?

... et des parts d'ombre (mais pas trop)

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D'abord, il y avait les films hagiographiques. Puis, Christopher Nolan est passé par là, et il était bon ton de trouver des personnages plus complexes, angoissés, ambivalents... mais pas trop, hein, parce que c'est quand même les héros. Et là, stupeur : Philippe Petit avait lui aussi ses parts d'ombres !! Et oui, figurez-vos qu'il n'hésitait pas, tenez-vous bien à...clouer en pleine nuit une caisse en bois, comme ça, sans demander à personne ! Waouh. Quel fifou.

Des seconds couteaux émoussés

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Dans un biopic, le seul personnage important, c'est le héros, compris ?! Les personnages secondaires ne sont là que pour faire de la figuration et le mettre en valeur. C'est simple, on dirait qu'ils n'ont pas de caractère, ni personnalité. Et si ceux de "The Walk" sont un minimum brossés, ils ne sont pas inoubliables pour autant. Dommage pour un film qui emprunte son schéma narratif aux films de casse ("Ocean's 11" est ce qu'il est, mais les personnages y étaient quand même un peu plus développés).

The Walk suit-il le fil des films à Oscars ?

Un scénario classique

Mouais.

Comme je viens de le dire, "The Walk" est en quelque sorte un film de casse poétique : toute une équipe se monte, échafaude des plans, se cache des autorités...pour un geste artistique gratuit.

Mais la structure reste malheureusement assez banale, suivant pas à pas (c'est le cas de le dire), de façon linéaire et chronologique, le destin du funambule perché.

De l'emphase (beaucoup d'emphase)

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Ouf, ils ne nous ont pas refait le coup des images de personnages en joie arrêtés pour dévoiler quel sera leur avenir (cf. "Imitation game"). Mais niveau musique, c'est tout aussi bourrin. On tentera aussi d'oublier cette séquence tout à fait étrange et qui en fait des tonnes avec un oiseau. On essayera de l'oublier vite. Très vite.

Une réalisation banale

Check.

D'accord, même dans les derniers James Bond, il y a de plus belles images. Même dans les derniers James Bond, il y a des idées de réalisation plus décoiffantes. Mais dans les derniers James Bond, c'est Sam Mendes qui est aux manettes. Et Robert Zemeckis, réalisateur de ce "Walk", a d'autres préoccupations que Sam Mendes. 

Son truc, c'est la technique : c'est quand même le type qui a fait dialoguer dès 1988 un lapin en dessin animé avec des acteurs de chair et d'os ("Qui veut la peau de Roger Rabbit ?"), qui a incrusté Tom Hanks dans des images d'archives ("Forrest Gump"), qui s'est lancé dans des défis mocap hallucinants (mais pas toujours réussis)("Le Pôle express") ou qui a fait un trou dans le ventre de Goldie Hawn ("La mort vous va si bien")...

Et pour "The Walk", Robert se fait plaisir, en créant une 3D vertigineuse. Dans les salles, on se cramponne à son siège, certains spectateurs en vomissent même. Pas besoin de seau pour moi, merci madame, mais c'est vrai que l'effet est bluffant et vaut le coup d'oeil... en 3D, se hissant au niveau de ses films tels "Avatar" ou "Gravity" pour lequel Twitter et la presse ont trouvé une formule consacrée : "Plus qu'un film...une expérience !"

Mais alors, quel avenir pour le film en 2D, et donc en DVD, en streaming illégal ? En tout cas, Robert, ne m'en veux pas, je ne te filerai pas l'Oscar du Meilleur film...mais celui des meilleurs effets spéciaux, assurément.

The Walk suit-il le fil des films à Oscars ?

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