J'ai demandé à Jean Teulé ce qu'il pense (vraiment) de l'adaptation au ciné de son "Magasin des suicides"

Publié le par Chippily

J'ai demandé à Jean Teulé ce qu'il pense (vraiment) de l'adaptation au ciné de son "Magasin des suicides"

En 2012, j'allais voir en salle l'adaptation cinématographique du "Magasin des suicides" de Jean Teulé, un roman que j'avais adoré. Bim, bam, patatras : c'était tout pourri. Mais qu'en a pensé son auteur ? Allez, il est de passage au Salon du livre de Bretagne à Vannes, et je suis dans le coin : je lui pose la question !  

Première tentative 

Ca y est, Alexandre Jardin a dit les mots qui fâchent en Bretagne. Agriculture. FDSEA (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles). Dans le chapiteau "Café littéraire" du Salon du livre de Bretagne à Vannes, c'est l'éruption ce samedi 20 juin. Un homme tempête, en secouant du doigt : "Il y a d'autres syndicats que celui-là !" Une femme bouillonne, parle de purin déversé sur un champ. Et moi... Je suis arrivée trop tôt.

Sur le calendrier des auteurs présents, il y a bien l'écrivain Jean Teulé ("Le Montespan", "Les lois de la gravité", "Mangez-le si vous voulez"...) annoncé à 14h45. Mais Alexandre Jardin a créé un tel remous en parlant de ses "zèbres" (des personnes n'attendant pas que les institutions publiques se bougent pour créer quelque chose, si j'ai bien compris) et de toutes ces instances qu'il faut repenser, que le débat est encore brûlant. Arrivée en cours, je ne saisis pas tout. L'intervieweur mandaté par le Salon s'arrache les cheveux pour interrompre la conversation... qu'Alexandre Jardin cloture enfin d'un : "Venez à mon stand pour en parler !"

J'ai demandé à Jean Teulé ce qu'il pense (vraiment) de l'adaptation au ciné de son "Magasin des suicides"

Jean Teulé (ci-dessus), presque deux mètres de haut, habillé tout en noir avec lunettes à la Ray-Ban, arrive avec un grand sourire. Je me tiens prête à articuler ma question, quand l'intervieweur fracasse toutes mes illusions : "Bon, on va parler de votre dernier roman, "Héloïse, ouille !", sur les amours entre Héloïse et Abélard, une abbesse et un abbé..." Donc pas de questions réponses avec le public. Super.

Mais ma déception est vite balayée par la gouaille de l'auteur. Il s'autoproclame "plus grand dessinateur de couilles du monde" (l'intervieweur, gêné, se passe une main dans les cheveux), raconte des détails croustillants - impliquant une carotte - de la vie sexuelle de ses héros (l'intervieweur s'étrangle), fait, goguenard, "d'ailleurs, j'ai appris un truc, c'est que les carottes étaient blanches à l'époque. Comme quoi on apprend dans ce livre l'histoire des légumes !". Puis conclut, en faisant la moue, vouloir "arrêter les livres historiques. Trop de gens, qui ont vu le succès de mes livres, font ça maintenant. Et puis, c'est bien de finir sur une belle histoire d'amour comme celle-ci."

Applaudissements. Une demi-heure après avoir débuté, la séance s'arrête déjà. 

Deuxième tentative

Mais je ne perds pas espoir pour autant de poser ma question. Jean Teulé s'éloigne à grands pas. Avec un peu de chance, je peux l'intercepter avant qu'il ne retourne signer des dédicaces. Il tourne à l'angle du chapiteau...et disparaît.

Quand j'arrive sur ses talons, nulle trace de lui. Je jette un coup d'oeil à l'intérieur de "la grande librairie". Il est déjà sur son siège, lunettes de vue sur le nez, en train de dessiner des boules poilues dans le livre "Héloïse, ouille !", qu'il colorie avec un stabilo rose. Cet homme est trop rapide pour moi. Sur le coup, je me dis que je n'ai qu'à faire comme PriceMinister le préconise pour poser ma question : acheter mon propre Jean Teulé.

J'ai demandé à Jean Teulé ce qu'il pense (vraiment) de l'adaptation au ciné de son "Magasin des suicides"

Troisième tentative

Sous le chapiteau, on croise des têtes connues. Ici, Raymond Domenech debout, en train de longuement signer un livre. Là, Jean Benguigui, assis, attendant que quelqu'un s'arrête devant son stand. Ou Didier Van Cauwelaert, tout sourire, tendant son exemplaire à quelqu'un. Une femme demande à Benguigui si elle peut le prendre en photo. Une Bretonne passe à côté de moi en soupirant : "Comme si c'était des stars !"

Devant la pancarte "Jean Teulé", il y a une sacrée file qui se déroule, bloquant presque la sortie. Au milieu des romans, je distingue "Les lois de la gravité" (lui aussi adapté au cinéma, avec Miou-Miou, la compagne de Teulé, et Sophie Marceau). Tentée par le résumé (une femme veut absolument qu'un policier l'arrête, s'accusant d'avoir tué son mari), je me mets dans la longue file. Des mains passent à intervalle régulier, tâtant l'un ou l'autre livre. "Ah, celui-là, il est génial ! Je vous le conseille !!" "Très bien, celui-ci ! En plus, ça se passe en Bretagne !"

J'arrive devant l'auteur. Embraye direct sur "Le magasin des suicides". Une idée qui vient d'où en fait ? "Quand je faisais des recherches pour un autre roman, je suis tombée sur un ouvrage qui évoquait un recueil de poèmes d'étudiants disparu intitulé Le Magasin des suicides, me dit-il en esquissant un bonhomme en chute libre dans son livre. Je me suis dit : ça, c'est du titre ! L'histoire est venue toute seule après."

La question me brûle les lèvres. "Et vous avez pensé quoi de son adaptation au cinéma ?" Un temps. "J'ai bien aimé les dessins, les décors...Mais l'histoire..." J'opine du chef. Moi aussi j'avais trouvé que l'histoire tournait en rond. "Et puis, ils ont changé la fin... Après, ils font comme ils veulent. Quand on adapte un de mes livres, je les laisse toujours faire."

C'est déjà le temps de laisser ma place dans la file. Jean Teulé me tend mon livre, et, avant que je parte, me glisse : "C'est tiré d'une histoire vraie !" Je me glace. Ca, il n'aurait pas dû me le dire.

 

Photo de couverture : Jean Teulé reçevant le Grand Prix de la ville de Vannes, lors du Salon du livre.

Publié dans HoRs-cHaMp

Commenter cet article